Une famille à Paris

Une famille à Paris
Heurts, Malheurs et Bonheurs

22.2.09

Middle life crisis

Je n'aurais pas du regarder Benjamin Button...quelle horreur. Le choc des âges et l'imminence des étapes de la vie viennent re-frapper à la porte de mes angoisses. Je vis par toutes les phrases d'Aurélien ce qui nous transcende, "et nonna, ta grand-mère, elle est morte?" s'inquiète le petit. Non, pas encore, je lui réponds..mais ça arrivera forcément un jour, comme mémé grand-mère, son autre arrière grand-mère partie cet été..
"La maman de nonna elle a eu 7 enfants, dont le dernier à 44 ans..et mémé grand-mère aussi elle en avait eu 6..."
 
Ca a travaillé dans sa tête puisque le lendemain, Aurélien me dit : "et toi, tu peux encore faire des enfants..?" Comment lui dire que je suis justement en train de me prendre un choc entre bilan professionnel et personnel, lui dire qu'il a été un enfant éreintant et difficile, alors qu'à présent qu'il grandit, il devient le plus beau et le plus précieux de ma vie, avec son père.
Comment lui dire que notre expatriation, ses maladies qu'il me passe comme encore comme cette semaine une fois sur deux, ont été des épreuves rajoutées à un timing qui était pourtant serré, nécessaires pour qu'économiquement nous passions le cap des menaces sur le travail de Frédéric. Et que tout cela m'a fragilisée, comme je ne le pensais pas.
Ou propulsée dans le monde des adultes, définitivement.
 
Son père a de gros horaires et un job prenant qu'il assume en serrant les dents en plus du reste..moi, mes humeurs sombres, mon refus d'aller dans cette dernière partie de nos vies où il nous faudra plus vieux que nos parents avec nous, devoir assumer la suite.
 
La médecine et la cosmétique nous aident, mais ces derniers temps, c'est cette horloge qui m'affole. Parier qu'il nous faut tenir encore au moins jusqu'aux 25 ans d'Aurélien a minima pour avoir tenu son rôle de parent..ce qui nous en fera 60..pour nous.
La médecine nous y aiderait. Si Dieu le veut.
 
La vie est un cadeau si elle est servie dès le départ avec des avantages..ou de grandes qualités d'esprit et de physique et une éducation intelligente de coeur et suivie. Je pense être pour mon fils la mère que personne n'a été vraiment pour moi..Nous nous aimons très fort et ces liens familiaux sont de plus en plus clairs pour nous et établis. Mon mari est un ange..pour moi qui suis rattrapée par mes démons.
 
Nous voudrions encore une petite fille. Aurélien nous montre expressément en jouant avec d'autres enfants et des bébés.., qu'il en est maintenant capable. Il nous faudra déménager ici dans cette ville où tout est laid et cher, je ne sais comment voir la suite positivement.
 
Les choses se décanteront sans doute, mais j'en veux à mon cv d'être si divers et si riche et si impressionnant pour ne pas cependant m'autoriser un retour aisé dans un monde qui n'a plus été ma priorité depuis quelques années.
J'ai pensé que vie pro c'était ma vie pour me forger une constance pendant des années..
 
Fonder une famille pour moi c'était se perdre ailleurs..et vivre une dépendance malsaine avec mon mari. Il m'aime plus que je n'en ai été capable, ou moins..je voulais toujours devenir celle qui allait laisser une trace ou une oeuvre.
 
Vue la beauté de mon enfant, je suis sans doute résolue dans ce rouleau compresseur du temps qui passe à vite ré-itérer, ce qui sera plus dur, plus difficile, ou sans doute déjà éprouvé donc plus simple..?
J'accepte sans doute pour la première fois d'être ce passage pour d'autres et d'arriver à m'en nourrir. Quand la plupart du temps je me sentais me faire vider par la maternité.
Sans retours. De toute façon il faut comprendre que nous ne sommes que des étoiles dans l'histoire, filantes.
L'amour que nous aurons vécu avec Frédéric même court encore, de seulement 5 ans est déjà le plus beau du monde.  Dans une région où l'on ne vit pas, on flotte. S'ancrer dans une terre que nous avons élue sans la connaître mieux, et pour moi sans l'aimer est terrible. Cela ne doit pas me priver de continuer notre chemin. Parce que je m'y sens toujours en sursis.
 
Parce que si j'ai aimé Metz, enfant et adolescente, Strasbourg par la suite, la Suisse est une sorte de fausse réplique, plus sécurisante mais plus morne et froide l'hiver..à cause de la bise. La Lorraine a été une terre d'accueil ou de long échouement pour mes grands-parents italiens consulaires, restés 27 ans en poste..qui a avalé leurs enfants..et petits-enfants quand ils ont du prendre leur retraite au pays..à Brescia.
Ces racines me hantent comme elles me nourrissent de leur fantaisie et de leur soleil.
Je serai donc toujours en grand-écart moi aussi sur mes localisations diverses..
Quelle difficulté à se sentir d'une ville de buildings gris..il est temps que nous trouvions une maison dans le vert..
 
Pour accueillir une petite fille, et tenter de ne pas perdre pied ensuite pour moi. Car les années qui s'annoncent seront sombres et pleines de deuils. Ma tante est malade, mes grands-mères très âgées bien qu'alertes. Avancer chargés de tous avec le souvenir déjà de ceux qu'on a perdus, amis, parents est le lot de tout un chacun qui reste en selle..ces listes sont déjà bien longues..
La vie est courte dit-on. Il faut se dépêcher car on meurt demain.

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